Papillomavirus

Un tsunami médiatique associant le Gardasil® et la survenue d’un cas de sclérose en plaque (SEP) est survenu fin novembre 2013 en France... Un remake de ce qui s’était passé 15 ans avant avec le vaccin contre l’hépatite B...
(Dossier réalisé à partir de documents Infovac, Ansm, Santé.gouv.fr)



Le cancer du col de l'utérus et le papillomavirus

Le cancer du col de l’utérus représente la 11ème cause de cancer chez la femme en France (3028 nouveaux cas de ce cancer sont estimés en 2012, 1102 décès).

Les infections par les papillomavirus (HPV) sont responsables du développement de lésions précancéreuses qui peuvent évoluer vers un cancer du col de l’utérus (une dizaine d’années après l’infection en général). La vaccination préventive cible les types de papillomavirus les plus oncogènes, à l’origine de plus de 70 % des cancers du col de l’utérus. Si elle n’élimine pas totalement le risque d’infection du col de l’utérus, elle le réduit fortement.

Les papillomavirus se transmettent essentiellement lors de contacts sexuels (plus rarement par voie muqueuse ou cutanée, jamais par le sang). La plupart des gens s’infectent lors des premières relations sexuelles. L’infection est donc plus fréquente chez les jeunes. Après l’infection, le virus peut rester dormant (sans symptôme) puis être transmis à un autre partenaire de manière silencieuse.
La contamination par les virus HPV se fait le plus souvent dans les premières années de la vie sexuelle et environ 80 % des femmes sont exposées à ces virus au cours de leur vie.

Les vaccins

Deux vaccins sont commercialisés en France. Le premier vaccin, (Gardasil®), a été mis sur le marché en 2006, le second (Cervarix®), mis sur le marché en 2007.

Quels sont les effets indésirables ?
Les principaux effets indésirables observés sont : rougeur, douleur et/ou démangeaisons au point d’injection, pic de fièvre, céphalées, et plus rarement des syncopes vaso-vagales justifiant la recommandation d’une surveillance médicale de quinze minutes après la vaccination.

Pourquoi vacciner les jeunes filles dès 11 ans ?
Les données scientifiques montrent que la réponse immunitaire est meilleure lorsque le vaccin est administré avant 14 ans plutôt qu’après. C’est la raison pour laquelle l’âge a été abaissé dans le calendrier vaccinal 2013. Il est par ailleurs nécessaire de vacciner les jeunes filles avant qu’elles ne soient infectées (le vaccin étant peu efficace si elles sont déjà infectées).

Est-ce que ce vaccin a démontré son efficacité ?
L’efficacité des vaccins contre les papillomavirus humains a été démontrée pour la prévention des lésions cervicales de haut grade survenant après l’infection et pouvant précéder le stade de cancer invasif du col de l’utérus. Cette efficacité est confirmée par plusieurs études récentes notamment australiennes qui montrent une diminution des lésions précancéreuses de haut grade chez les jeunes filles de moins de 18 ans depuis la mise en place de la vaccination en 2007.
L’évaluation de l’efficacité en termes de réduction des cancers nécessitera en revanche plusieurs années en raison de la durée d’évolution de cette pathologie.

Des études récentes ont montré que les vaccins contre les infections à HPV pouvaient être efficaces avec moins de trois doses.

En février 2014 l'agence européenne du médicament a validé l'administration en 2 doses avec le Cervarix pour les adolescentes jusqu'à 14 ans. 2 injections à 6 mois d'intervalle suffisent.

Combien de lésions précancéreuses ont été évitées chez les 5 millions de filles vaccinées depuis 2007 ?
Le recul est encore insuffisant pour évaluer l’impact de la vaccination contre les papillomavirus mise en œuvre en France depuis 2007 sur l’incidence des lésions précancéreuses du col de l’utérus. Des études devraient permettre dans les prochaines années de répondre à cette question, en particulier, grâce à la mesure de l’impact de la vaccination sur les lésions cervicales précancéreuses et cancéreuses à partir des registres du cancer et des structures de gestion du dépistage organisé du cancer du col de l’utérus.

En revanche, les Australiens, qui ont été les premiers, à partir de 2007, à mettre en œuvre une vaccination à large échelle à l’école, ont publié de telles données. Elles montrent une efficacité de la vaccination sur la réduction des lésions précancéreuses. Cette mesure a été faite sur une population de jeunes filles âgées de 12 à 17 ans au moment de la vaccination et inclut donc des jeunes filles infectées avant d’être vaccinées. L’estimation de l’efficacité vaccinale chez les jeunes filles de moins de 15 ans en 2007, donc dans leur très grande majorité non infectées avant d’être vaccinées, est de 75,3 % sur ces lésions précancéreuses.

La couverture vaccinale contre les infections HPV est-elle suffisante en France ?
La vaccination contre les HPV a été introduite dans les calendriers vaccinaux nationaux de 18 pays européens. Trois pays (Australie, Portugal, Royaume-Uni) ont atteint un taux de couverture vaccinale d’environ 80% après mise en place de la vaccination dans les structures de soins publiques ou en milieu scolaire. Le Danemark a dépassé un taux de 70%. En France la couverture vaccinale est de l’ordre de 30 % et reste insuffisante.

Qu’apporte la vaccination par rapport au dépistage ?
La vaccination, en prévenant les infections par certains types de virus HPV, ne se substitue pas au frottis cervico-utérin (FCU) de dépistage, qui doit être réalisé tous les 3 ans chez les femmes à partir de 25 ans jusqu’à 65 ans. La stratégie de prévention globale du cancer du col de l’utérus s’appuie en effet à la fois sur le dépistage par FCU et sur la vaccination, comme souligné dans les avis rendus par les instances scientifiques (EMA, Haut Conseil de la Santé Publique et Haute Autorité de Santé). Le dépistage par FCU, s’il peut mettre en évidence les lésions dues à tout type de HPV, comporte des limites notamment de sensibilité et d’acceptabilité. Aussi, la prévention primaire par la vaccination contre les génotypes de HPV les plus oncogènes s’intègre de façon complémentaire à la prévention secondaire par FCU

Pourquoi ne pas plutôt organiser un dépistage systématique ?
Des expérimentations de dépistage organisé pour les femmes entre 25 et 65 ans sont en cours dans 13 départements français. Les données sont en cours de collecte et les résultats sont attendus dans le courant de l’année 2014.
En Alsace où il existe depuis de nombreuses années un dépistage organisé, le dépistage atteint au maximum, 70% des femmes. Ces stratégies de dépistage par FCU et de prévention par la vaccination sont donc complémentaires.

Après la vaccination, les mesures de protection et de prévention sont-elles toujours nécessaires ?
La vaccination cible les types de papillomavirus les plus répandus, à l’origine de 70 % des cancers du col de l’utérus. La vaccination ne protège donc pas à 100% contre les infections du col de l’utérus, mais elle réduit fortement le risque d’en développer.
En complément de la vaccination, il convient pour se protéger et prévenir les infections à HPV de :
Réaliser un dépistage régulier par frottis à partir de 25 ans. Il est recommandé aux femmes de 25 à 65 ans, vaccinées ou non, de réaliser, tous les trois ans, un frottis de dépistage. Le frottis et la vaccination sont deux moyens d’action complémentaires.
Porter un préservatif qui protège des infections sexuellement transmissibles, dont les infections à HPV.

La polémique : les faits judiciaires

Le diagnostic de SEP a été posé chez une jeune femme dans les semaines qui ont suivi sa deuxième injection de Gardasil®, les premiers symptômes étant apparus 15 jours après la première dose. La famille a réclamé une demande d’indemnisation auprès des Commissions Régionales de Conciliation et d’Indemnisation des Accident Médicaux de la région de Bordeaux (qui n’est ni une instance juridique, ni une instance scientifique) suivant l’avis de 2 experts judiciaires qui ont évalué l’imputabilité de la vaccination à 50%...

La polémique : les faits médiatiques

Un déferlement médiatique a commencé par un article du Journal du Dimanche qui a été repris en boucle par la quasi-totalité des médias dans lesquels, la patiente, sa famille et leur avocat exposent leur point de vue nuit et jour.

La polémique : les faits scientifiques

Des maladies auto-immunes surviennent tous les ans chez des jeunes femmes (Il convient de rappeler que dans les pays développés, ces maladies touchent environ 8 % de la population dont, dans plus de trois quarts des cas, des femmes.) en l’absence de toute vaccination…
Plus de 130.000.000 doses de Gardasil® ayant été administrées, il est impossible que des cas ne surviennent pas également chez les jeunes femmes vaccinées. Après la mise sur le marché des vaccins HPV, différentes études épidémiologiques réalisées par des institutions officielles indépendantes des firmes, ont comparé des centaines de milliers de patientes vaccinées ou non, aux Etats Unis, au Danemark, en France et ont confirmé l’absence d’augmentation de maladies autoimmunes dans la population vaccinée. Par ailleurs, le nombre de cas de SEP (ou autre pathologie) n’a pas augmenté depuis l’introduction de la vaccination HPV dans les pays ayant une couverture vaccinale élevée.

L'ensemble des autorités de santé en France (ANSM, HCSP, Académie de Médecine, le Directeur Général de la Santé...) et à l'étranger ont confirmé qu'aucune nouvelle donnée ne permettait de remettre en question la sécurité de cette vaccination.

Dimanche 15 Décembre 2013
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