LA FIÈVRE

LA TRAITER ? COMMENT ?

Ce n'est pas le thermomètre qu'il faut traiter, c'est l'inconfort, la douleur parfois associés
Pas de bains, pas de suppos, pas d'alternance Doliprane-Advil
Les recommandations officielles publiées en 2016 reprennent ce que j'ai essayé de vous expliquer depuis des années.

https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2016-10/fiche_memo_-_prise_en_charge_de_la_fievre_chez_lenfant.pdf



LA FIÈVRE : C’EST QUOI ?

Une température rectale supérieure à 38°C (voir "la mesure de la température")
Ce n’est qu’un signe d’une maladie infectieuse qui sera également responsable du nez qui coule, de la toux, de l’éruption, de la diarrhée etc. et de l'inconfort parfois associé.

LA FIÈVRE : COMMENT ÇA MARCHE ?

LA FIÈVRE
Imaginez que votre corps soit un appartement. Vous avez une chaudière (les muscles, les artères, la peau etc..) avec un thermostat (une partie de votre cerveau).
Quand un microbe pénètre dans votre corps, il délivre, parfois, des substances qui vont dérégler le thermostat (habituellement réglé approximativement à 37°C) et le mettre (par exemple à 39°C). Le cerveau (le thermostat) commande alors au corps d’élever sa température : les muscles vont s’activer (frissons), les artères se contracter pour éviter la déperdition de chaleur (extrémités froides) et tout ce que vous ferez pour obéir à cette commande (se mettre sous la couette, boire une tisane bien chaude) sera ressenti comme agréable et bienfaisant, puisqu’en accord avec les commandes du thermostat, le cerveau (la chaudière va s’économiser si vous fermez les fenêtres, mettez un chauffage d’appoint etc.)

En donnant un médicament contre la fièvre, que se passe-t-il ?
Le médicament va faire baisser le thermostat, et le régler par exemple à 38°C. Le cerveau va alors demander à l’organisme de tout faire pour abaisser la température : il y aura transpirations, dilatation des artères (les extrémités seront chaudes) et l’on aura alors envie de boire des boissons froides et de prendre une douche rafraîchissante !
La chaudière appréciera à ce moment que l’on ouvre les fenêtres et que l’on arrête le chauffage d’appoint.

Le traitement de la fièvre repose donc sur les médicaments qui vont abaisser le thermostat (paracétamol, ibuprofène )

OUI MAIS QUAND IL EST FAIT CHAUD, QUAND JE JOUE AU TENNIS, C’EST PAS PAREIL !

LA FIÈVRE
Non, parce que le thermostat n’a pas changé, il est toujours à 37°C et c’est comme si vous aviez laissé le chauffage d’appoint. Dans ce cas le cerveau va demander à rester à 37°C : vous allez transpirer, avoir envie de boissons fraîches etc. pour lutter contre cet excés de température extérieure (c’est ce qu’on appelle, par opposition à la fièvre, « hyperthermie »).
C’est ce qu’il se passe quand un enfant est laissé dans une voiture en plein soleil etc. dans ces cas les médicaments pour faire baisser la température ne servent pas à grand chose puisque le thermostat est réglé normalement.

Le traitement de l’hyperthermie repose donc sur les moyens physiques : découvrir, boissons froides, aérez, ventilateur etc.

ET LES ANTIBIOTIQUES ?

Ils ne font pas baisser la fièvre, mais tuent certains microbes (bactéries) qui sont parfois responsables de cette fièvre. Comme, le plus souvent, les microbes sont des virus, les antibiotiques n’ont aucune action.(voir: les infections)

MAIS LA FIÈVRE EST DANGEREUSE ! ET LES CONVULSIONS ?

LA FIÈVRE
Ah bon ??

Parfois les substances délivrées par les microbes qui sont responsables de la fièvre peuvent effectivement entraîner des convulsions, mais ce n’est pas dangereux.
C’est très fréquent (pratiquement 1 enfant sur 20 en a eu), parfois on ne s’en rend même pas compte, ça survient une fois sur trois alors qu’on ne savait pas que l’enfant avait de la fièvre.
Mais c’est très spectaculaire et angoissant.
La convulsion consiste à de grands « tremblements », des secousses de tout le corps ou parfois que d’un (ou plusieurs) membre, qui durent quelques minutes (parfois très brefs, passant inaperçus) puis l’enfant est complètement endormi, sans réaction, souvent tout mou et très pâle (il a arrêté de convulser mais c’est la phase la plus angoissante : IL VA MOURIR ??)
Spontanément il « revient à lui ».
On parle actuellement de "crise fébrile", car la convulsion n'est pas toujours présente.

Donc pour « s’y préparer », il faut les connaître et savoir que ça peut arriver à tous (en général entre 6 mois et 5 ans), que dans 1/3 des cas il y a des récidives, qu’il n’y a aucunes complications (ou exceptionnelles comme pour toutes maladies), qu’il n’y a aucune différence dans le développement des enfants qui ont eu des convulsions fébriles et ceux qui n’en ont pas eu et que les seuls traitements qui peuvent les prévenir ont plus d’inconvénients que les convulsions elles mêmes ! Le problème essentiel est le manque d’informations des parents ... et des médecins !
Quand un enfant a fait des crises fébriless, on peut conseiller parfois d'avoir du Valium à administrer par voie rectale (comme un suppo) en cas de récidive pour éviter que la crise ne se prolonge (les convulsions prolongées arrivent surtout au premier épisode..), ça rassure parents et médecins...

Quand la fièvre est associée à l’hyperthermie (l’enfant qui a de la fièvre et qui est trop couvert ou enfermé dans une voiture en plein soleil) on peut voir une température supérieure à 41 °C ; c’est le seul vrai risque de la fièvre : ne pas ajouter de facteurs qui risquent d’accroître la température.

LA FIÈVRE EST PARFOIS BÉNÉFIQUE ?

Oui !!

Une température élevée peut tuer le microbe et raccourcir la durée de la maladie et diminuer son intensité.

MAIS ALORS FAUT-IL TRAITER LA FIÈVRE ?

Il faut traiter l’inconfort, la douleur qui sont associés à la fièvre mais non le thermomètre !!

Erreur trop souvent retrouvée : on donne du Doliprane (ou Efferalgan, Advil etc..) pour un enfant en pleine forme qui a 38,5 °C alors qu’on ne donne rien au même chérubin qui a 37°C et qui est douloureux : « il pleure, il est malade, mais il n’a pas de fièvre !! », ce sont pourtant les mêmes médicaments.

Il est bien sûr difficile de ne pas proposer des médicaments pour faire baisser la température d’un enfant qui a 40 °C ou plus même s’il est en pleine forme (mais ce n’est pas très fréquent)

Le problème n’est pas celui de la fièvre mais de son origine : infection virale banale (rhinopharyngite, roséole, vaccination etc …) ou maladie nécessitant un traitement antibiotique parfois urgent (méningite, infection urinaire ..)

QUEL TRAITEMENT : LES MOYENS PHYSIQUES ?

Vous avez compris qu’un enfant fébrile avait beaucoup de chances de mal supporter le classique « bain de 2°C en dessous de sa température » : c’est illogique ; si votre appartement est surchauffé, vous n’allez pas ouvrir les fenêtres mais plutôt baisser le thermostat. En dehors de l’inconfort procuré, la température va remonter quelques minutes après le bain, parfois brutalement avec des convulsions.

Rafraîchir l’enfant quand la température baisse, après avoir donné un médicament, peut être bénéfique.

L’essentiel est de ne pas surcouvrir un enfant qui a de la fièvre, lui proposer à boire régulièrement, respecter son inconfort et donner des médicaments si la température est mal supportée (par l’enfant et non par la maman..).

QUEL TRAITEMENT : LES MÉDICAMENTS

LA FIÈVRE
Je ne conseille que 2 types de médicaments : le paracétamol : Dafalgan, Doliprane… c’est la même chose +++) et l’Ibuprofène (Advil, Nurofenpro).
L’aspirine n’a aucun avantage et des effets secondaires parfois graves (à ne pas avoir dans sa pharmacie).

Il est recommandé de n’utiliser qu’un seul médicament et d’éviter les alternances.
Il est toujours préférable d’utiliser la voie orale (sirop ou poudre ou comprimés chez le grand).


ET LES SUPPOS ??
Les suppos ne sont pas plus efficaces ou plus rapides, l'absorption est très irrégulière d'un enfant à l'autre et chez un même enfant d'une prise à l'autre; on ne sait jamais ce qui est réellement absorbé. Par ailleurs, l'enfant qui a des couches peut "expulser" le suppo sans qu'on s'en rende compte.
Il faut donc privilégier la voie orale; les suppos peuvent être utiles quand l'enfant vomit ou refuse la prise orale.

Il faut savoir que, quel que soit le médicament, son effet n’apparaîtra qu’après 30 minutes minimum.

Les doses :
Paracétamol : Doliprane, Dafalgan :15 mg/kg (dose pour le poids si sirop) par prise, toutes les 6 heures, éventuellement toutes les 4 heures (sans dépasser 5 prises par 24 h)
Ibuprofène : Advil : 1 dose par kg par prise, minimum 6 heures entre 2 prises. A éviter si l'enfant est déhydraté, en cas de varicelle.
L'Ibuprofène a une durée d'action plus longue que le paracétamol. Vous pouvez donc donner une dose de paracétamol toutes les 4 heures dans la journée et une dose d'Ibuprofène pour la nuit.


En cas d'inconfort important, de douleurs, s’il est préférable d’éviter l’alternance systématique, on peut donner un autre médicament de façon ponctuelle entre 2 prises du médicament habituel (par exemple Ibuprofène si on donne du paracétamol toutes les 4 heures, ou paracétamol si l’on donne de l’Ibuprofène toutes les 6 heures). Mais attendez au moins 1 heure avant de juger de l’efficacité du médicament donné. Pour des douleurs importantes peut également donner paracétamol et ibuprofène en même temps, en particulier le soir pour des otites pas exemple.

Jeudi 22 Juin 2017
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