ASTHME : 40 RÉPONSES

Votre enfant a de l'asthme. Pas d'inquiétude, mais de la vigilance! Nous avons désormais les moyens (tous les moyens) pour maîtriser l'asthme cette affection qui est devenue maintenant si fréquente (un enfant sur dix !).
Vous trouverez ici les éléments de réponse à une quarantaine de questions que posent souvent les parents.

(ce dossier a été écrit par les Professeurs Guy Dutau et Pierre Scheinmann, et édité par Médecine et Enfance en septembre 2003)



1- Qu’appelle-t-on asthme ?

ASTHME : 40 RÉPONSES
L’asthme est une maladie des bronches. Les bronches sont les conduits qui permettent à l’air chargé d’oxygène d’aller aux poumons pour oxygéner le sang qui irrigue ensuite l’organisme.
L’asthme se caractérise par des difficultés pour respirer dues à une contraction (resserrement) des bronches (bronchospasme).
L’enfant, qui jusque-là se portait bien, se met à tousser. Sa respiration devient rapide et sifflante. Vous entendrez bien les sifflements en posant votre oreille sur sa poitrine.

2- L’asthme, ça va et ça vient…

La crise d’asthme n’est que « la partie émergée de l’iceberg ». Elle est provoquée par diverses agressions des bronches : allergènes, agents infectieux (surtout les virus), polluants de l’air, etc. Ces agressions entraînent une inflammation des bronches qui persiste entre les crises. Sur ces bronches « enflammées », une nouvelle exposition aux « agresseurs » entraînera une nouvelle crise. Pour éviter le retour des crises, dans le cas d’un asthme persistant, il faut lutter contre l’inflammation par un traitement de fond. Un seul épisode de sifflements n’est pas forcément de l’asthme : dans l’asthme, les crises se répètent.
Prenez l’avis de votre pédiatre préféré.

3- L’asthme est-il surtout une maladie psychologique?

Non. L’asthme n’est pas une maladie psychosomatique, mais une maladie des bronches. L’asthme n’est pas provoqué, « de but en blanc », par des causes psychologiques. Il apparaît sur un « terrain » particulier (génétique) lorsque les patients sont exposés aux « agresseurs ».
Mais attention, les facteurs psychologiques sont importants ! Chez un enfant asthmatique, les émotions, les stress, peuvent déclencher des crises, parfois violentes chez certains adolescents.
L’asthme a des répercussions sur la vie scolaire et familiale. Ces facteurs psychologiques risquent de diminuer l’observance thérapeutique. Raison de plus pour bien maîtriser l’asthme.

4- Est-ce que l'on peut guérir de l’asthme ?

Si l’inflammation des bronches n’est pas combattue par des médicaments adaptés, elle va persister et même augmenter. Elle entraîne alors un épaississement de la paroi des bronches, ce qui leur fait perdre leur souplesse.
L’évolution à l’âge adulte dépend surtout de la gravité de l’asthme pendant l’enfance. Le plus souvent, si l’asthme est léger, il le restera. Au contraire, si l’asthme est grave pendant l’enfance, il a peu de chances de devenir léger. Sans dramatiser, il faut bien surveiller un enfant asthmatique, même si son asthme est léger.

5- On dit que l’asthme guérit à la puberté

Voilà une idée fausse ! Il est vrai qu’un asthme léger s’améliore souvent spontanément. Le simple fait de prendre en charge une maladie chronique procure une amélioration appréciable. Avec une meilleure connaissance de la maladie, les crises sont prévenues, traitées plus tôt, donc moins graves ; les parents évitent de fumer, font la chasse aux nids à poussière dans la maison, etc.
Si un adolescent asthmatique dit qu’il va bien, il faut lui demander combien de fois par jour il utilise son flacon de bronchodilatateurs. S’il répond « deux fois », c’est qu’il ne va pas aussi bien qu’il le croit. Cela veut dire que son inflammation bronchique n’est pas maîtrisée et qu’il a besoin d’un traitement de fond.
Les grands événements de la vie (l’entrée à l’école ou la puberté) n’améliorent pas l’asthme d’un coup de baguette magique. C’est même parfois l’inverse : l’adolescence est un moment où l’asthme peut s’aggraver. L’asthme guérit à la puberté si l’enfant a été bien soigné auparavant.

6- L’asthme est-il contagieux ?

Non, l’asthme n’est pas une maladie contagieuse.
La toux est un symptôme de l’asthme. Mais, contrairement à la toux des maladies infectieuses, par exemple la grippe ou la coqueluche, celle de l’asthmatique est sans risque pour l’entourage.
Cette toux traduit une sensibilité exagérée des bronches (hyperréactivité) due à l’inflammation.

7- S’agit-il d’une affection héréditaire ?

A l’aide de méthodes complexes mais très précises, les généticiens ont localisé, sur plusieurs chromosomes, des endroits qui contrôlent la production des anticorps allergiques (ou IgE), l’importance de l’hyperréactivité bronchique et d’autres symptômes de l’asthme. Cette prédisposition familiale à l’asthme est connue depuis longtemps : les enfants nés de parents atteints d’asthme ou d’allergies développent plus souvent ces affections que les enfants qui n’ont pas de tels antécédents. Mais, pour développer un asthme, il faut aussi que l’environnement soit favorable : un individu génétiquement « programmé » pour développer un asthme par allergie aux pollens d’olivier ne fera pas d’asthme en Norvège, car il n’y a pas d’oliviers dans ce pays ! De même, l’asthme est rare dans les pays dont le climat froid et sec s’oppose au développement des acariens.

8- L’asthme est-il une maladie bénigne ?

Non, mais il faut nuancer la réponse. Souvenons-nous que l’asthme est classé en plusieurs stades de gravité. Si la plupart des asthmes sont dits intermittents (en raison d’un faible nombre de crises), environ 10 % sont persistants (car les crises sont fréquentes et graves). C’est dans ce dernier groupe que l’on trouve les asthmes capables d’entraîner un handicap respiratoire. Malgré le progrès des traitements, le pronostic global de l’asthme ne s’est pas amélioré autant qu’on l’aurait espéré. Pourquoi ? En grande partie parce que les traitements de fond ne sont pas assez bien suivis, ce qui permettrait d’éviter un grand nombre de consultations en urgence et d’hospitalisations.
L’enseignement délivré dans les « écoles de l’asthme » offre une aide précieuse pour mieux vivre avec l’asthme, c’est-à-dire mener une vie familiale, scolaire et sportive normale.

9- Mon enfant a de l’asthme et de l’eczéma : faut-il vraiment traiter son eczéma puisque l’asthme réapparaît lorsque l’eczéma disparaît ?

La prédisposition génétique qui favorise les maladies allergiques (eczéma, asthme, rhume des foins, allergies alimentaires) est appelée « atopie ». Un enfant prédisposé à devenir allergique présente souvent ses premiers symptômes pendant les premiers mois de la vie : eczéma, troubles digestifs, allergies alimentaires au lait ou à l’œuf. Par la suite, l’atopie va se traduire par des symptômes au niveau des bronches (asthme), du nez (rhinite), de l’œil (conjonctivite). Ce n’est pas en laissant évoluer l’eczéma qu’on évitera l’asthme. C’est même le contraire : le risque d’asthme est en moyenne trois fois plus élevé chez les enfants qui ont (ou ont eu) de l’eczéma. Il faut bien se préoccuper de la peau d’un enfant eczémateux. Consultez votre pédiatre préféré......

10- L’asthme est-il plus fréquent chez ceux qui ont un rhume allergique ?

Oui. La rhinite et l’asthme allergiques sont deux symptômes de l’atopie. Il faut savoir deux choses : premièrement, la rhinite précède l’asthme trois fois sur quatre ; deuxièmement, l’asthme est deux à quatre fois plus fréquent chez les patients qui ont une rhinite allergique que chez ceux qui n’en ont pas. Il est prouvé que traiter efficacement la rhinite contribue à améliorer l’asthme.

11- Qu’est-ce que la crise d’asthme et comment apprécier sa gravité ?

On appelle crise d’asthme l’apparition brutale ou progressive d’une gêne respiratoire sifflante. Cette gêne est souvent précédée de symptômes avant-coureurs (ou prodromes) : toux nocturne entraînant le réveil, toux à l’effort surtout à la respiration d’air froid. Il existe aussi des prodromes digestifs, comme des nausées ou des vomissements. Les enfants se plaignent parfois d’avoir mal à la poitrine, mais la crise, même si elle est angoissante, n’est pas réellement douloureuse. Au cours d’une crise légère, l’enfant peut parler et son activité est presque normale. En revanche, au cours d’une crise grave, il est obligé de s’asseoir dans son lit et ne peut dire que quelques mots. Le nombre de mouvements respiratoires est normal (ou peu modifié) dans une crise légère, augmenté au cours d’une crise préoccupante.

12- Quels sont les principaux mécanismes de la crise d’asthme ?

Les bronches sont entourées de petits muscles qui se contractent à chaque agression : c’est le bronchospasme, principal responsable de l’obstruction bronchique au cours de la crise d’asthme. Cette obstruction peut aussi provenir du gonflement (œdème) de la muqueuse ou de la production excessive de mucosités (surtout chez le jeune enfant). Elle s’installe le plus souvent en quelques heures : il faut donc traiter la crise sans attendre, dès son début (et même dès l’apparition des prodromes) par des médicaments appelés « bronchodilatateurs d’action rapide et de courte durée ». La famille d’un enfant asthmatique doit posséder un plan écrit de traitement de la crise.

13- Tousser la nuit, est-ce que c’est de l’asthme ?

Les causes de la toux nocturne, symptôme très fréquent chez l’enfant, sont nombreuses. L’asthme est l’une d’entre elles, mais ce n’est pas la seule. Il faut penser à l’asthme si la toux est sèche, se répète plusieurs jours de suite, si les épisodes de toux reviennent souvent dans l’année. Les parents ne doivent pas hésiter à poser une oreille sur le dos de leur enfant : est ce que la respiration est sifflante, est-ce que l’enfant est oppressé après les quintes ? Penser aussi à l’asthme s’il y a des antécédents familiaux d’asthme ou d’allergie, ou si l’enfant a de l’eczéma. S’il soupçonne de l’asthme, votre médecin fera réaliser les examens utiles : tests cutanés d’allergie, exploration fonctionnelle respiratoire (EFR). Mais, attention, les causes les plus fréquentes de toux nocturne sont les rhinopharyngites, l’hypertrophie des végétations, l’irritation respiratoire provoquée par le tabagisme passif, etc.

14- Quelles sont les principales causes des crises d’asthme ?

Chez un même enfant, plusieurs de ces facteurs peuvent s’associer ou se succéder.
– L’allergie est une cause très importante. Les allergènes se trouvent à l’intérieur des maisons : acariens (matelas, oreillers, tapis, etc.), animaux (chats, chiens, petits animaux de compagnie), moisissures (murs humides, tapisseries décollées, plantes vertes), blattes.
Ils sont aussi à l’extérieur : pollens, moisissures atmosphériques, animaux (cheval), etc.
– Les infections respiratoires de l’hiver (rhumes et bronchites) provoquent très souvent des crises d’asthme. Le rhume est habituellement suivi d’une toux et d’une gêne respiratoire sifflante : on dit que «le rhume tombe sur les bronches».
– Les polluants atmosphériques, en particulier l’ozone produit par la circulation automobile dans les villes, peuvent entraîner des crises.
– L’effort physique provoque aussi des crises d’asthme, en particulier les activités en endurance (type course de fond). L’asthme d’effort se manifeste par de la toux et une respiration sifflante à l’arrêt de l’effort et pendant la phase de récupération.

15- Les changements de temps peuvent-ils provoquer unecrise d’asthme ?

Si on pense à la pleine lune, non. En revanche, on connaît l’asthme d’été (action irritative de l’ozone).
Une activité physique par temps froid et sec favorise les crises d’asthme, phénomène observé chez les skieurs de fond, les patineurs, les joueurs de hockey…
Chez d’autres, c’est le brouillard qui sera nocif.
Autre circonstance d’asthme sévère, les orages survenant après une période de beau temps : ils dispersent et déchiquettent les grains de pollens en les projetant sur les surfaces dures (arbres, murs, sols). Cela libère des particules allergisantes très fines qui pénètrent profondément dans le poumon et déclenchent de véritables « épidémies » d’asthme aigu grave.
Les asthmatiques allergiques aux pollens doivent se méfier de l’orage !

16- La fumée de tabac peut-elle provoquer des crises ?

Oui, le tabagisme est un fléau redoutable à tous les âges, mais surtout chez les jeunes enfants qui ne peuvent le fuir. Oui, le tabagisme passif provoque des symptômes respiratoires multiples, conjonctivites, rhinopharyngites, bronchites et crises d’asthme, que les enfants soient allergiques ou non. Les parents ne doivent pas fumer dans la maison, ni en voiture, ni en promenant leur bébé.

17- Et une peur ? une émotion ?

Oui. chez un enfant asthmatique, les « stress », en particulier affectifs (décès, divorce), peuvent provoquer une crise d’asthme : les mécanismes de ces crises sont mal connus. Les pleurs et le rire aussi provoquent parfois des crises. En fait ce n’est pas vraiment l’émotion qui déclenche la crise, mais un mécanisme un peu analogue à celui de l’asthme d’effort. Ce qui ne signifie pas que l’on ne peut pas réprimander (s’il le faut) l’enfant asthmatique ou qu’il faut lui interdire… de rire !

18- Et si cela venait de l’alimentation ?

On incrimine souvent l’alimentation au cours de l’asthme. Ainsi 15 à 20 % des asthmatiques interrogés estiment que certaines crises sont déclenchées par la prise d’aliments. C’est souvent une idée fausse, puisque des études statistiques démontrent que moins de 5 % des asthmes de l’enfant sont directement causés par une allergie alimentaire (lait, œuf, poisson, arachide, etc.). Cela dit, il faut noter qu’en cas d’asthme par allergie alimentaire, la crise survient bien sûr après l’ingestion de l’aliment auquel on est allergique, mais aussi après l’inhalation de particules volatiles au moment de la cuisson ou de la manipulation de ces aliments (poisson, cacahuète, fruits et légumes) ou à leur contact. Notion importante, les enfants allergiques à certains aliments (arachide, fruits à coque) ont des symptômes plus graves s’ils ont un asthme associé. Conséquence pratique : tout patient atteint d’allergie alimentaire et d’asthme persistant doit bénéficier d’un traitement de fond bien suivi.

19- Un nourrisson peut-il avoir de l’asthme ?

Bien sûr ! Un nourrisson asthmatique est un enfant (de moins de 24 mois) qui a présenté au moins trois épisodes de gêne respiratoire sifflante : c’est la définition. A cet âge (et jusqu’à 3-4 ans) l’asthme est dû à plusieurs causes : les infections virales (l’asthme commence souvent après une bronchiolite sévère), l’inhalation passive de fumée de tabac, des anomalies de structure des bronches, qui sont plus étroites, et l’allergie, qui peut débuter très tôt (succession d’eczéma et d’asthme). Votre médecin, au besoin avec l’aide d’un pédiatre-pneumologue-allergologue, pourra faire la différence entre ces différentes formes.

20- A quoi servent les tests cutanés ?

L’objectif des tests cutanés d’allergie est de chercher à savoir si l’enfant est sensibilisé à un ou plusieurs allergènes* et à les identifier. Les résultats de ces tests sont obtenus très rapidement, au bout d’une quinzaine de minutes. Associés aux informations concernant les circonstances d’apparition des symptômes de la maladie, ils permettent au médecin de tirer des conclusions pratiques. Si l’environnement intérieur est riche en allergènes (acariens de la poussière, animaux, moisissures) et que les tests cutanés sont positifs, il est pratiquement certain que l’enfant est allergique. Lorsque l’enfant a une rhinite et un asthme et qu’il est sensibilisé uniquement aux acariens, des mesures visant à supprimer les acariens de l’appartement et, surtout, de la chambre à coucher doivent être prises.

21- Les tests cutanés sont-ils douloureux ou dangereux ?

Les tests cutanés allergologiques sont réalisés selon la technique du prick, qui consiste à faire une petite piqûre superficielle, avec une lancette dont l’extrémité est munie d’une toute petite pointe, à travers une goutte de l’allergène préalablement déposée sur la peau. Ils sont quasiment indolores et entraînent tout au plus une sensation de picotements. Ces tests ne font courir aucun danger à l’enfant, car la quantité d’allergène injectée sous la peau est minime, calculée de façon à n’entraîner qu’une simple réaction locale.

22- Peut-on faire des tests cutanés chez l’enfant avant six ans ?

Il est tout à fait possible de pratiquer des tests cutanés d’allergie chez le jeune enfant, et ce dès l’âge de quelques mois. L’enquête allergologique doit débuter assez tôt dans la vie si elle est justifiée. Ce qui est le cas, par exemple, chez le petit enfant qui a déjà fait plusieurs épisodes de gêne respiratoire sifflante ou qui a eu des symptômes évoquant une allergie à des aliments (lait, œuf, poisson, arachide). Les allergènes testés varient selon l’âge. Chez le nourrisson, on trouve plus volontiers des tests cutanés positifs aux aliments, alors que l’enfant plus grand est plus souvent sensible aux allergènes de l’environnement : acariens, pollen, chat…

23- Est-ce qu’on peut voir quelque chose sur la radio ?

Normalement, la radiographie pulmonaire ne montre pas d’anomalies au cours de l’asthme. Elle doit tout de même être réalisée systématiquement afin d’exclure une maladie autre que l’asthme. En effet toute gêne à l’écoulement de l’air dans les bronches peut faire siffler un enfant et surtout un nourrisson. Il est donc essentiel de vérifier l’absence de signes radiographiques qui feraient penser à d’autres affections (comme la mucoviscidose ou un corps étranger respiratoire).

24- Qu’est-ce qu’une « EFR » et pourquoi faut-il la réaliser ?

« EFR » signifie exploration fonctionnelle respiratoire. C’est un examen qui évalue de façon objective l’état respiratoire de l’enfant et permet d’apprécier la gravité de l’asthme.
Certains enfants se plaignent peu de leur gêne respiratoire, et les parents peuvent donc penser que l’enfant est peu gêné. C’est pourquoi il est indispensable de réaliser une EFR.
L’EFR a également un intérêt pour le traitement, car elle permet de contrôler son efficacité et aussi de s’assurer que la fonction respiratoire s’améliore ou même s’est normalisée.
Les EFR nécessitent un appareillage particulier et sont donc réalisées dans des services ou cabinets spécialisés, selon une périodicité estimée par le médecin en fonction de la gravité de l’asthme.

25- Qu’est-ce qu’un « peak-flow » et pourquoi l’utiliser ?

Le « peak-flow », appelé également débitmètre de pointe, est un petit appareil portable qui enregistre le débit respiratoire de pointe. Plus simplement il permet de mesurer le souffle de l’enfant. C’est une méthode beaucoup plus accessible que l’EFR, utilisable par l’enfant lui- même, à partir de l’âge de cinq ou six ans.
Le mode d’emploi du peak-flow est simple :
après avoir gonflé ses poumons au maximum, bouche ouverte, placer l’embout de l’appareil entre ses dents, refermer ses lèvres autour, et souffler le plus fort et le plus rapidement possible. La manœuvre est répétée trois fois de suite, la valeur retenue étant la plus élevée. Le souffle est mesuré tous les jours et les résultats doivent être consignés sur un carnet de suivi.
La baisse du débit de pointe ou encore l’absence de retour à sa valeur de base après un premier traitement de la crise est un signe d’alarme.
Tous les asthmatiques n’ont pas besoin d’avoir un peak-flow. La mesure quotidienne du débit de pointe n’est pas nécessaire chez les enfants qui ont des crises peu fréquentes, et, entre celles-ci, un état respiratoire normal.

26- La crise peut-elle passer toute seule et faut-il attendre un peu pour la traiter ?

Non seulement le traitement de la crise ne doit jamais être retardé, mais il doit même être mis en route avant qu’elle ne s’installe, dès l’apparition des signes annonciateurs. Ces signes « sentinelles », ou prodromes, sont toujours identiques pour un même enfant : un nez qui coule, une toux qui se répète, une fatigue, une altération de l’humeur. Il arrive que les prodromes ne soient pas repérés à temps ou que la crise s’installe trop vite. Les médicaments anti-asthmatiques doivent alors être donnés immédiatement. Un traitement précoce permet de raccourcir la durée de la crise. C’est la raison pour laquelle les enfants asthmatiques doivent toujours avoir à leur disposition leurs premiers médicaments de secours. Constituez la trousse d’urgence de votre enfant avec son pédiatre préféré.

27- Lorsque mon enfant fait une crise, dois-je appeler mon médecin ? Peut-on commencer le traitement avant qu’il arrive ?

L’appel au médecin est indispensable dans différentes circonstances :
– le diagnostic de l’asthme de votre enfant estrécent et vous ne savez pas encore ce qu’il faut faire ;
– vous êtes inquiets ainsi que votre enfant;
– la crise vous paraît inhabituelle ou ne cèdepas rapidement aux médicaments, alors qu’ils étaient si efficaces à la crise précédente. Dans tous les cas, le traitement anti-asthmatique doit être mis en route avant l’arrivée du médecin. Le médecin de votre enfant doit vous remettre un plan d’action écrit pour vous permettre de savoir précisément que faire lorsque les premiers symptômes de la crise apparaissent.

28- Le traitement de la crise peut-il être risqué ?

Non, c’est l’absence de traitement de la crise qui est risquée. Les bronchodilatateurs d’action rapide et de courte durée administrés rapidement contre la crise vont soulager votre enfant. Ils calment le spasme des bronches et leur redonnent un diamètre normal. L’air peut ainsi se remettre à circuler sans peine, la gêne respiratoire disparaît, et l’oxygénation du sang, qui était déficiente, redevient normale.

29- Donner de la cortisone au moment de la crise est-il dangereux ?

La crise d’asthme ne se résume pas à un simple spasme des bronches. Egalement provoquée par une inflammation et une production excessive de sécrétions, elle est à l’origine d’un encombrement des bronches. Lorsque celui-ci est important, il faut utiliser des corticoïdes (la cortisone) par la bouche (en comprimés ou en gouttes) ou, si l’enfant vomit, par injection intramusculaire. Ce sont les seuls médicaments qui permettent de lutter contre cette inflammation. Mais l’action de la cortisone par la bouche n’est pas immédiate et n’apparaît qu’au bout de quelques heures. Par conséquent il ne faut pas l’administrer trop tard. La fréquence des crises nécessitant des doses de cortisone par voie orale peut être réduite grâce à un traitement de fond pris régulièrement (voir plus loin : traitement de fond).

30- Mon enfant fait de l’asthme à l’effort. Faut-il le dispenser de sport ?

Tous les enfants asthmatiques peuvent avoir des crises d’asthme à l’effort. Lors des efforts physiques, la respiration s’accélère. La circulation de l’air dans les bronches et dans la trachée entraîne alors une inflammation et un spasme des bronches. La respiration d’air froid et sec aggrave ce phénomène. Grâce au traitement de fond, l’enfant asthmatique peut pratiquer une activité sportive, en l’occurrence celle qui lui plaît. Il existe toutefois des exceptions de bon sens : par exemple, l’enfant allergique au cheval doit éviter l’équitation. Le seul sport contre-indiqué dans l’asthme est la plongée sous-marine avec bouteilles. Une dispense d’activités physiques ne se justifie que dans des cas très particuliers et temporairement, selon l’avis du médecin traitant. L’asthme à l’effort signifie que la maladie est active et qu’un traitement de fond est nécessaire. Pour éviter la crise d’asthme d’effort l’enfant peut prendre des médicaments bronchodilatateurs d’action rapide et de courte durée 15 à 30 minutes avant le début de l’activité physique. La course à pied et les sports de neige et de glace sont les activités les plus souvent en cause. Inversement, la natation, qui se pratique dans une atmosphère chaude et humide, est très bien tolérée par l’enfant asthmatique. Il existe des moyens pour évaluer la tolérance de votre enfant à l’effort. Dans certains cas, et en fonction des résultats de cette évaluation, un programme de réentraînement physique pourra lui être proposé.

31- Qu’est-ce qu’un traitement de fond ?

Le traitement de fond est nécessaire si les crises se répètent souvent (ce qu’on appelle asthme persistant). Son but est de normaliser l’état respiratoire de l’enfant et d’éviter les crises ou l’aggravation de la maladie. Les médicaments de premier rang du traitement de fond sont les corticoïdes inhalés, auxquels on ajoute, en cas de besoin, d’autres produits comme les bronchodilatateurs à longue durée d’action et/ou, éventuellement, les antileucotriènes. Ce traitement repose également sur le contrôle de l’environnement domestique, les mesures contre les allergènes et le tabagisme passif puis actif à l’adolescence. Le tabac a des effets très néfastes sur les voies respiratoires de l’asthmatique : fumer devant un enfant asthmatique est extrêmement néfaste.

32- Est-ce que ce traitement est à prendre sans arrêt ?

Une fois institué, le traitement de fond doit être suivi pendant plusieurs mois, sans arrêt, même et surtout quand l’enfant va bien. Le médecin modifie l’ordonnance et adapte la quantité de médicaments en fonction des besoins de l’enfant, ce qui évite les surdosages. Lorsque l’effet bénéfique sera obtenu, le médecin de votre enfant pourra stabiliser son état avec une dose minimale de corticoïdes inhalés.

33- Quand et comment peut-on arrêter le traitement ?

Après plusieurs mois de traitement, quand l’enfant va bien, le médecin tentera de diminuer progressivement les doses de corticoïdes inhalés. Un arrêt peut être envisagé lorsque les besoins en médicaments seront devenus minimes. Le traitement de fond pourra être arrêté si les EFR restent bonnes, si les signes comme la toux ne réapparaissent pas et si l’enfant peut mener une vie normale.

34- Et la désensibilisation ?

La désensibilisation consiste à administrer de petites quantités d’allergènes soit par injection, soit par voie sublinguale (le médicament est placé sous la langue puis avalé). C’est un traitement de longue haleine. Une fois entreprise, la désensibilisation doit durer au moins trois ans. Aucun effet significatif n’est à espérer avant au moins un an. La désensibilisation, quand elle est indiquée, fait aussi partie du traitement de fond de l’asthme. Elle s’adresse surtout aux enfants ayant un asthme et/ou une rhinite allergiques modérés bien équilibrés par le traitement et, de préférence, qui ne sont allergiques qu’à un ou deux allergènes, acariens ou pollens.

35- Mon enfant a de l’asthme. Doit-il suivre un régime particulier ?

La prise en charge de l’asthme ne comporte pas de régime, sauf, bien sûr, en cas d’allergie alimentaire associée.
Contrairement à certaines idées reçues, il est inutile de soumettre l’enfant qui prend des corticoïdes inhalés à un régime sans sel et il n’y a pas lieu d’éviter les fruits rouges, la tomate, les œufs, etc.

36- Comment éviter les acariens ?

La lutte contre les acariens, nécessaire en cas d’allergie aux acariens, passe essentiellement par l’utilisation de housses anti-acariens pour les éléments de la literie (oreillers, traversins, matelas). D’autres mesures sont également recommandées : utiliser un sommier à lattes ; laver les éléments amovibles de la literie régulièrement et à l’eau chaude ; éviter les garnissages de plumes car ils contiennent des acariens, ainsi que les tapis et la moquette ; pour le sol, préférer le lino, le parquet ou le carrelage ; limiter le nombre de peluches et choisir des peluches lavables ; passer souvent l’aspirateur et aérer quotidiennement toute la maison.

37- Faut-il se séparer des animaux ?

Même si c’est une décision parfois difficile à prendre, les animaux doivent être éloignés de la maison lorsqu’ils sont directement responsables des troubles de l’enfant. La décision est prise au cas par cas en fonction des symptômes, de l’enquête allergologique et des épreuves d’éviction-réintroduction de l’animal.

38- Faut-il changer de climat : aller à la mer ou à la montagne ?

Non, un déménagement dans une autre région sous prétexte qu’un enfant de la famille est asthmatique ne peut entraîner que des désillusions. Le but du traitement anti-asthmatique est justement de permettre à l’enfant de vivre normalement là où il réside avec ses parents. Cela étant, les vacances à la montagne constituent un bon choix.

39- Mon enfant va bien. Faut-il tout de même mesurer son souffle ?

L’impression des parents sur l’état de santé de leur enfant asthmatique est une notion subjective, qui peut parfois être trompeuse. Il faut donc continuer à mesurer son souffle, car c’est le seul moyen de confirmer qu’il va bien.

40- Que faut-il prévoir avant de partir en vacances ?

Emporter avec soi des housses anti-acariens (quand l’enfant y est allergique), tous les médicaments anti-asthmatiques, les chambres d’inhalation (employées pour l’administration des médicaments aux enfants qui ne peuvent pas utiliser correctement les inhalateurs), le peak-flow, les dernières ordonnances, la dernière radiographie thoracique et un résumé de l’histoire de l’enfant rédigé par le médecin. En cas de crise, le médecin appelé (ou le service d’urgence) disposera ainsi d’informations précieuses pour guider l’attitude thérapeutique. En cas de voyage en avion, ne pas oublier de prendre les médicaments avec soi dans la cabine.


Samedi 27 Septembre 2003
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